Le chiffre inquiète : 70 605 entreprises ont connu une défaillance au cours des douze mois achevés fin juillet 2026, selon la Banque de France. C’est 4,6 % de plus qu’un an auparavant et 19 % au-dessus de la moyenne enregistrée entre 2010 et 2019. Une « défaillance » correspond ici à l’ouverture d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire. Derrière le chiffre, il y a donc des entreprises en difficulté réelle, des dirigeants fragilisés et des emplois potentiellement menacés.

Certains secteurs sont particulièrement touchés : l’hébergement-restauration totalise 9 721 défaillances sur douze mois, tandis que les activités de conseil et services aux entreprises en comptent 9 061. Et le contexte reste morose : en septembre 2026, l’indicateur du climat des affaires de l’Insee est retombé à 96, sous sa moyenne de longue période fixée à 100.

Mais pendant ce temps, les Français continuent de créer

C’est l’autre face, beaucoup moins visible, de l’économie française. Entre septembre 2025 et août 2026, les données mensuelles de l’Insee totalisent 1 263 516 créations d’entreprises. Sur douze mois, leur nombre progresse de 11,4 % par rapport à la période précédente. En août seulement, 116 917 entreprises ont été créées. Certes, les micro-entrepreneurs représentent 66,5 % des créations sur cette période. Mais le phénomène ne repose pas uniquement sur eux : les créations de sociétés ont également progressé de 6,7 % sur un an.

Autrement dit, la France connaît simultanément un niveau élevé de défaillances et une forte dynamique entrepreneuriale.

Une économie qui disparaît… et une autre qui apparaît ?

Attention à ne pas faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas. Une micro-entreprise créée aujourd’hui ne compense évidemment pas la disparition d’une PME employant vingt personnes. Et une création administrative ne garantit ni chiffre d’affaires, ni emploi, ni survie à long terme. Mais la Banque de France souligne elle-même que le niveau élevé des défaillances intervient alors que la population totale des entreprises continue d’augmenter.

Les données les plus récentes montrent aussi où se produit une partie de cette dynamique. Entre juin et août 2026, par rapport aux mêmes trois mois de 2025, l’Insee relève 12 200 créations supplémentaires dans les activités de soutien aux entreprises, 9 000 dans l’information et la communication et 6 900 dans le commerce et la réparation automobile.

Ce n’est donc pas seulement une économie qui détruit des entreprises. C’est aussi une économie dans laquelle de nouvelles activités apparaissent rapidement, parfois dans d’autres secteurs et sous d’autres formes.

Les 70 605 défaillances restent un signal sérieux et leur coût humain ne disparaît pas derrière les statistiques. Mais regarder uniquement ce chiffre donnerait une photographie incomplète du pays. Car au même moment, malgré une confiance économique dégradée, plus de 1,2 million d’entreprises ont vu le jour en un an. La question décisive est désormais ailleurs : combien d’entre elles réussiront à durer, grandir et créer de l’emploi ?

La France ne manque manifestement pas d’envie d’entreprendre. Son défi est de transformer cette envie en entreprises capables de résister.

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