L'essentiel
- Le 19 janvier 2026, le cabinet Edelman a publié son Trust Barometer 2026 : près de 7 personnes sur 10 dans le monde estiment que les dirigeants cherchent délibérément à induire le public en erreur.
- Le 20 novembre 2025, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) a publié le guide « Tous responsables », qui propose à tous les Français, aux collectivités et aux entreprises des gestes et des réflexes pour agir en situation de crise.
- Le 14 juillet 2025, la Revue nationale stratégique 2025 a fait de la résilience nationale l'un de ses onze objectifs, avec un horizon fixé à 2030 pour se préparer à un conflit majeur en Europe.
- Le 11 juin 2026, Viginum, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, a identifié quatre opérations d'ingérence numérique étrangère lors des élections municipales des 15 au 22 mars 2026.
- Selon DSIH (20 avril 2026), France 2030 finance un jumeau numérique national, doté de 25 millions d'euros publics et de 14 millions
d'euros privés, pour simuler et anticiper les crises des territoires entre 2026 et 2029.
Ce que les armées maîtrisent : la préparation
Dans un article publié en mai 2026 par Magazine Crise & Résilience, « L'apport de la méthode de gestion de crise militaire », Olivier Destefanis distingue cinq principes. L'anticipation passe avant la réaction, chacun connaît son rôle dans l'état-major, l'entraînement évalue des capacités et pas seulement des compétences, l'objectif fixé par le chef sert de boussole, et la communication fait partie de la conduite des opérations au lieu de rester un service à part.
Cette discipline s'appuie sur un outil précis : le retour d'expérience, ou Retex. Selon le ministère des Armées (page de l'armée de Terre du 4 mars 2026), il suit quatre étapes : collecte de l'information, analyse des enseignements, exploitation, diffusion. Chaque grande unité dispose d'un bureau de synthèse et de retour d'expérience. L'erreur d'une unité devient ainsi une leçon pour les autres.
Là où l'analogie s'arrête
Un chef militaire donne des ordres à une chaîne de commandement qui les exécute. Un dirigeant s'adresse à des clients, des salariés, des actionnaires et des journalistes qui n'ont aucune obligation de le suivre. L'écart se mesure dans les chiffres : d'après Edelman, près de 7 personnes sur 10 dans le monde pensent que les dirigeants cherchent délibérément à induire le public en erreur. En France, le score de confiance global s'établit à 42, parmi les plus bas de l'étude.
Dans ce contexte, une méthode d'obéissance ne suffit pas. La confiance se gagne avant la crise, par la transparence et la régularité, et aucun organigramme ne la décrète. Les civils empruntent donc aux militaires l'organisation, pas l'autorité. Cette lecture est celle de la rédaction, pas celle d'Edelman.
Demain, la crise naît dans l'information
Le terrain de la crise a déplacé sa ligne de front. Lors des municipales de mars 2026, Viginum a détecté quatre opérations d'ingérence numérique étrangère. Un Réseau de coordination et de protection des élections (RCPE), dispositif de coordination, a été déployé pour la première fois à cette occasion.
Pour une entreprise, la leçon tient en une question : qui, chez vous, surveille les signaux faibles avant qu'ils deviennent une rumeur ? Un poste de veille remplace le poste de commandement, et la qualification de la menace et la cellule de crise s'appliquent aussi bien à un réseau social qu'à un théâtre d'opérations.
Ce qui se prépare d'ici 2030
Trois signaux publics dessinent la suite. Le premier vient de l'État : le guide « Tous responsables » du SGDSN, publié le 20 novembre 2025, s'adresse à « tous les Français » et à leurs entreprises, et la Revue nationale stratégique 2025 place la résilience parmi ses onze priorités, avec 2030 pour horizon.
Le deuxième concerne l'entraînement. L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) met à disposition des collectivités un kit d'exercice de crise cyber, avec animateur, joueurs et observateurs, dont l'emploi est « libre et encouragé ». Le troisième relève de la simulation : le jumeau numérique national, porté par l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN), le Cerema et Inria, doit livrer ses premières applications opérationnelles fin 2026, notamment pour les établissements de santé, qui y planifient leurs capacités en cas d'épidémie et leurs circuits d'urgence en cas d'inondation.
Reste une hypothèse, la nôtre : si l'exercice de crise devient aussi courant que l'exercice d'évacuation, la culture militaire du « on s'est déjà entraîné » aura gagné les entreprises sans qu'elles portent un uniforme.
Ce qu'on retient
Non, les civils n'ont pas tout à apprendre des militaires. Ils ont beaucoup à leur emprunter, la préparation et le retour d'expérience en tête, et une chose à leur apporter : la confiance construite avant l'alerte. La bonne nouvelle est concrète : les outils existent, ils sont publics et souvent gratuits.



