Nous partageons la planète avec des millions d’espèces. Pourtant, lorsqu’un cachalot clique, qu’un éléphant appelle ou qu’un oiseau module son chant, nous n’en comprenons encore qu’une infime partie. Ce manque de compréhension devient d’autant plus problématique que la biodiversité s’effondre. En juillet 2026, la Liste rouge de l’UICN recensait 175 909 espèces évaluées, dont 49 505 considérées comme menacées d’extinction. (UICN)
Et si l’intelligence artificielle pouvait nous aider à écouter autrement ?
Les cachalots cachent une complexité inattendue
Les cachalots ne chantent pas comme les baleines à bosse. Ils communiquent notamment grâce à de courtes séries de clics, appelées codas. En avril 2026, une étude publiée dans Proceedings of the Royal Society B a montré que ces vocalisations possèdent une complexité remarquable. Les chercheurs ont identifié plusieurs caractéristiques présentant des parallèles avec la phonétique et la phonologie humaines : variations de durée, différentes catégories acoustiques et modification d’un son en fonction de celui qui l’entoure. (Royal Society) Cela ne signifie pas que les cachalots possèdent un langage comparable au français ou à l’anglais. Mais leurs échanges sont beaucoup plus structurés qu’une simple succession de bruits. Et, pour les étudier, les chercheurs disposent désormais d’un nouvel allié. Des robots qui suivent les conversations
Le Project CETI, programme scientifique consacré à la communication des cachalots, utilise apprentissage automatique, microphones sous-marins, drones et robotique pour enregistrer leurs échanges dans leur contexte. En avril 2026, des chercheurs ont présenté dans Scientific Reports un planeur sous-marin capable de détecter les clics des cachalots et d’adapter automatiquement sa trajectoire pour les suivre acoustiquement. Le dispositif fonctionne essentiellement de manière passive et peut rester à distance des animaux, avec l’objectif de recueillir beaucoup plus longtemps leurs sons tout en observant leurs comportements. (Scientific Reports)
L’intérêt dépasse largement la curiosité scientifique
Car écouter permet aussi de repérer ce qui perturbe les animaux. Comprendre ce qu’ils disent pour voir ce que nous leur faisons Une autre étude publiée en 2026 a analysé plusieurs centaines de codas de cachalots dans les Caraïbes orientales.
Résultat : en présence du bruit produit par les navires, certaines caractéristiques de leurs vocalisations changent. Les codas deviennent notamment plus courtes et leur structure acoustique se modifie. (Ecological Informatics)
Voilà peut-être l’une des applications les plus immédiates de cette nouvelle science.
Si les algorithmes deviennent capables de détecter automatiquement des modifications dans les vocalisations d’une population animale, ils pourraient aider les chercheurs à identifier plus rapidement un stress, une perturbation de l’habitat ou l'effet du bruit humain. Comprendre les animaux pourrait alors devenir un nouvel outil de conservation.
Une nouvelle discipline est en train de naître
Le mouvement dépasse désormais les baleines. En juillet 2026, l’organisation Earth Species Project a ouvert un outil réunissant plus de 35 bases de données bioacoustiques, allant des oiseaux aux mammifères en passant par les insectes, afin de faciliter l’entraînement de modèles d’intelligence artificielle spécialisés. (Earth Species Project) Les chercheurs parlent désormais d’Animal Language Processing : l’utilisation de l’IA pour rechercher à grande échelle des structures dans les communications animales.
Nous sommes encore très loin d’un traducteur universel.
Mais quelque chose a changé : des quantités de sons impossibles à analyser humainement peuvent désormais être comparées, classées et reliées à des comportements. Pendant des siècles, protéger les animaux a essentiellement consisté à observer leur nombre et leur habitat.
Demain, nous pourrions aussi être capables de les écouter suffisamment bien pour détecter ce qui, dans leur propre communication, révèle qu’un écosystème ne va plus bien.
L’intelligence artificielle est souvent accusée de nous éloigner un peu plus du monde naturel. Elle pourrait aussi, paradoxalement, devenir l’un des outils qui nous aideront enfin à mieux l’entendre.



