Trouver un médecin rapidement reste compliqué dans une partie du territoire français. Certains indicateurs s’améliorent : selon l’Assurance Maladie, la proportion de patients atteints d’une affection longue durée sans médecin traitant est passée de 5,6 % fin 2022 à 4,3 % fin 2025. Mais ce niveau reste stable depuis 2024 alors même que le nombre de patients en ALD continue d’augmenter. (Assurance Maladie) Parallèlement, un professionnel que l’on associait autrefois surtout à la délivrance des médicaments prend une place différente dans le parcours de soins : le pharmacien.
Une angine peut désormais être prise en charge directement à l’officine
Depuis le 18 juin 2024, un pharmacien formé peut réaliser un test rapide lorsqu’un patient présente les symptômes compatibles avec une angine à streptocoque A. Si le test est positif et que le patient répond aux critères prévus par la réglementation, il peut délivrer directement l’antibiotique adapté sans ordonnance préalable d’un médecin. Même principe pour certaines cystites aiguës simples chez la femme : après un questionnaire et un test urinaire positif, le pharmacien peut délivrer l’antibiotique autorisé. Le dispositif reste très encadré. En présence d’un signe de gravité, d’un doute ou d’un critère d’exclusion, le patient doit être orienté vers un médecin, rappelle le ministère de la Santé. (Ministère de la Santé)
L’objectif n’est donc pas de transformer l’officine en cabinet médical miniature. Il est plutôt d’éviter qu’un acte simple et précisément protocolisé mobilise systématiquement une consultation.
Les pharmaciens peuvent aussi prescrire des vaccins
La même évolution apparaît avec la vaccination. Selon l’Assurance Maladie, les pharmaciens peuvent aujourd’hui prescrire et administrer aux adultes et aux enfants de 11 ans et plus l’ensemble des vaccins prévus au calendrier vaccinal, à l’exception notamment de la prescription de certains vaccins vivants chez les personnes immunodéprimées. (Assurance Maladie) Là encore, le changement est important. Il n’y a plus nécessairement besoin de prendre rendez-vous chez un médecin uniquement pour obtenir une ordonnance, puis de se rendre en pharmacie chercher le vaccin avant de trouver quelqu’un pour l’administrer. Une partie du parcours peut désormais être réalisée au même endroit.
Près de 20 000 pharmacies déjà implantées sur le territoire
Et c’est probablement là que se trouve l’un des principaux intérêts du modèle. Au 8 septembre 2026, l’Ordre national des pharmaciens recensait 19 816 officines en France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer, soit environ 29 pharmacies pour 100 000 habitants. (Ordre national des pharmaciens) Autrement dit, cette infrastructure sanitaire existe déjà.
Et pendant que les pharmaciens prennent en charge davantage d’actes simples, la démographie médicale montre enfin quelques signes d’amélioration. Selon la DREES, la France comptait 242 200 médecins en activité au 1er janvier 2026, soit 5 000 de plus qu’un an auparavant. Parmi eux, 101 000 étaient généralistes, un effectif en hausse de 1 % sur un an après plusieurs années de recul. (DREES)
La réponse au manque de soins de proximité pourrait donc être double : former davantage de médecins, mais aussi éviter de leur réserver des actes que d’autres professionnels de santé peuvent réaliser en toute sécurité.
Moins remplacer le médecin que mieux partager les soins
Le pharmacien ne diagnostiquera pas une douleur inexpliquée, ne suivra pas une maladie chronique complexe et ne remplacera évidemment pas le médecin traitant. Mais faut-il nécessairement mobiliser ce dernier pour chaque vaccination, chaque test d’angine ou chaque cystite simple ? C’est la question que pose cette transformation. Et elle dépasse la pharmacie. Infirmiers, sages-femmes, kinésithérapeutes ou assistants médicaux voient eux aussi certaines de leurs compétences évoluer. Derrière les difficultés actuelles d’accès aux soins pourrait ainsi émerger progressivement un modèle moins centré sur un professionnel unique et davantage organisé autour d’une équipe de proximité.
La pénurie médicale reste un problème réel. Mais elle pousse aussi le système de santé à regarder différemment les professionnels déjà présents. Demain, le premier réflexe face à certains problèmes de santé ne sera peut-être plus toujours de chercher un rendez-vous chez le médecin, mais de savoir quel professionnel peut réellement répondre au besoin.



