Au 9 août 2026, les 99 départements de France métropolitaine étaient placés au moins en vigilance sécheresse. Parmi eux, 67 avaient atteint le niveau de crise et près de 70 % du territoire faisait l’objet de restrictions d’usage de l’eau, selon le ministère de la Transition écologique. Le réflexe est désormais connu : moins arroser, limiter les piscines, raccourcir les douches. Mais une autre piste prend de l’ampleur : utiliser plusieurs fois l’eau dont nous disposons déjà.

Cette eau était traitée… puis rejetée en mer

À Argelès-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales, un projet inauguré en juin 2026 illustre le changement de logique. Jusqu’ici, une partie de l’eau sortie de la station d’épuration était traitée avant d’être rejetée en Méditerranée. Le nouveau dispositif doit permettre d’en récupérer jusqu’à 1,3 million de m³ par an pour irriguer près de 700 hectares de cultures appartenant à 60 exploitants agricoles. Il s’agit du plus important projet français de réutilisation d’eaux usées traitées pour l’agriculture. L’idée paraît évidente une fois formulée : pourquoi prélever une nouvelle eau pour irriguer lorsque nous en possédons déjà une qui a été utilisée, nettoyée et peut être rendue compatible avec cet usage ? La France part de loin. La réutilisation des eaux usées traitées représentait encore moins de 1 % des volumes traités selon l’estimation nationale du Cerema reprise par Eaufrance. Le Plan eau lancé en 2023 vise à multiplier leur réutilisation par dix d’ici 2030.

Tous les rejets ne doivent toutefois pas être détournés. À l’intérieur des terres, l’eau issue des stations d’épuration peut alimenter les cours d’eau en période sèche et contribuer au maintien des écosystèmes. Le gouvernement souligne donc que cette solution est particulièrement pertinente dans les zones littorales, lorsque l’eau douce traitée est directement rejetée en mer.

Et pendant ce temps, nous tirons la chasse avec de l’eau potable

Le paradoxe ne s’arrête pas aux stations d’épuration. En France, chaque habitant consomme en moyenne 143 litres d’eau potable par jour, selon les données 2024 de l’Observatoire national des services d’eau et d’assainissement publiées en 2026. Seulement 1 % de l’eau utilisée à la maison sert directement à boire. À l’inverse, 20 % part dans les chasses d’eau des toilettes, selon les données reprises par l’ADEME.
Autrement dit, nous prélevons de l’eau dans les nappes ou les rivières, la traitons selon des normes sanitaires pour la rendre potable, l’acheminons jusqu’à nos logements… puis en utilisons une partie importante pour évacuer nos toilettes. À mesure que la ressource se tend, cette organisation devient difficile à ne pas questionner.

Toutes les eaux n’ont pas besoin d’être potables

La réglementation évolue d’ailleurs dans ce sens. Sous certaines conditions sanitaires et techniques, l’eau de pluie, les eaux grises provenant notamment des douches ou lavabos et d’autres eaux impropres à la consommation humaine peuvent désormais servir à alimenter des chasses d’eau, mais aussi à nettoyer certaines surfaces ou arroser des espaces verts. Cela ne signifie évidemment pas qu’un second réseau d’eau apparaîtra demain dans tous les appartements français. Adapter les bâtiments coûte cher, impose de séparer strictement les circuits et nécessite des contrôles sanitaires. Mais la logique commence à changer.

Pendant longtemps, la réponse au manque d’eau consistait surtout à chercher davantage de ressources ou à demander de moins consommer. Une troisième voie se dessine désormais : réserver l’eau potable aux usages qui nécessitent réellement cette qualité et faire circuler davantage les autres eaux avant de les rejeter. La sécheresse restera une contrainte majeure. Mais elle pourrait aussi nous obliger à corriger une habitude devenue presque invisible : utiliser une eau de qualité potable une seule fois, même lorsque l’usage n’en avait jamais besoin.

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