L’essentiel

  • France Travail recense 131 700 projets de recrutement en Bretagne pour 2026. Le volume est stable (-0,1 %), d’après l’enquête Besoins en main-d’œuvre publiée le 21 avril 2026.
  • 48,8 % de ces projets sont jugés difficiles à pourvoir par les employeurs bretons en 2026, soit 6,9 points de moins qu’en 2025 (France Travail Bretagne).
  • Les projets de recrutement augmentent de 23,9 % dans l’agriculture, de 18 % dans l’agroalimentaire et de 3,7 % dans l’industrie bretonne (France Travail Bretagne, avril 2026).
  • En mai 2026, 3,4 % des intérimaires bretons travaillent en CDI intérimaire, le taux le plus bas de France. Il atteint 12 % en Pays de la Loire (baromètre Prism’emploi).
  • Benoît Retailleau, directeur du développement de R.A.S Intérim, défend un recours à l’intérim préparé six mois à l’avance plutôt que décidé dans l’urgence.

Un marché breton stable, et nettement plus fluide

L’enquête Besoins en main-d’œuvre (BMO) est une enquête annuelle de France Travail qui mesure les intentions d’embauche des employeurs. Son édition 2026 recense 131 700 projets de recrutement en Bretagne, un volume quasi identique à celui de 2025 (-0,1 %), selon les résultats régionaux publiés le 21 avril 2026.

Le signal le plus encourageant concerne la difficulté perçue. En 2026, 48,8 % des projets bretons sont jugés difficiles à pourvoir, contre 55,7 % un an plus tôt, soit un recul de 6,9 points d’après France Travail Bretagne. Les employeurs de la région trouvent plus facilement les candidats qu’ils cherchent.

L’agriculture et l’agroalimentaire tirent les embauches

Les piliers de l’économie bretonne portent la dynamique. France Travail Bretagne relève en avril 2026 une hausse de 23,9 % des projets de recrutement dans l’agriculture et de 18 % dans l’agroalimentaire. L’industrie progresse de 3,7 %.

La Banque de France confirme ce socle. Dans son étude « Les entreprises en Bretagne : bilan 2025 et perspectives 2026 », publiée en février 2026, l’institution souligne que l’économie régionale « a fait preuve de résilience ». Elle anticipe pour 2026 une hausse du chiffre d’affaires de 3 % dans l’industrie et de 3,5 % dans les services marchands.

Les projets saisonniers progressent de 14,1 %

Les recrutements saisonniers prévus en Bretagne augmentent de 14,1 % selon l’enquête BMO 2026 de France Travail. Ces pics d’activité, des récoltes aux fêtes de fin d’année, se préparent plusieurs mois à l’avance. Un employeur qui constitue son vivier de candidats avant la période de pointe gagne du temps, et les candidats savent plus tôt où ils travailleront, et pour combien de temps.

Les métiers qualifiés restent le principal point de tension

La détente générale n’efface pas toutes les difficultés. La Banque de France signale en février 2026 que les difficultés de recrutement restent élevées dans les services bretons, « en particulier dans les métiers qualifiés ». Dans l’industrie régionale, le manque de personnel qualifié était déjà signalé pour 2025.

Qu’est-ce qu’un intérim planifié ?

L’intérim, ou travail temporaire, permet à une entreprise d’accueillir un salarié mis à disposition par une agence d’emploi pour une mission définie. On l’associe souvent au remplacement imprévu. Il s’intègre pourtant aussi à une stratégie de ressources humaines construite en amont.

Benoît Retailleau, directeur du développement de l’entreprise de travail temporaire R.A.S Intérim, résume ce changement de regard : « On associe volontiers l’intérim à l’urgence : la personne qui manque, le renfort pour lundi. Cette réalité existe. Elle ne représente pourtant qu’une part de l’usage. »

La méthode repose sur l’anticipation. « Un dirigeant qui cartographie ses besoins à six mois sait quels postes resteront permanents, lesquels vivent au rythme des saisons, lesquels réclament une expertise rare le temps d’un projet », explique Benoît Retailleau, directeur du développement de R.A.S Intérim. L’entreprise confie alors à l’agence un vivier de profils qui connaissent déjà ses équipements et ses horaires, et chaque nouvelle mission démarre plus vite.

Le CDI intérimaire, une marge de progression bretonne

Le CDI intérimaire est un contrat à durée indéterminée conclu entre le salarié et l’agence d’emploi. L’intérimaire enchaîne les missions dans différentes entreprises et perçoit une rémunération minimale garantie entre deux missions. Le salarié y gagne de la stabilité, l’entreprise utilisatrice garde sa souplesse.

La Bretagne y recourt encore peu. Selon le baromètre de mai 2026 de Prism’emploi, l’organisation professionnelle des entreprises du travail temporaire, 3,4 % des intérimaires bretons travaillent en CDI intérimaire. C’est le taux le plus bas de France, pour une moyenne nationale de 6,2 % et un record de 12 % en Pays de la Loire.

Le même baromètre Prism’emploi mesure en mai 2026 un emploi intérimaire en recul de 7,1 % sur un an en Bretagne, alors qu’il progresse de 0,5 % au niveau national. Benoît Retailleau, directeur du développement de R.A.S Intérim, y lit un potentiel inexploité : « Beaucoup d’entreprises n’ont pas encore installé l’intérim dans leurs stratégies RH, et n’y recourent qu’au dernier moment. »

Quatre indicateurs pour piloter le recours à l’intérim

Selon Benoît Retailleau, directeur du développement de R.A.S Intérim, les entreprises qui intègrent le travail temporaire à leur stratégie suivent quatre mesures simples : la part de temporaires dans l’effectif, la durée moyenne des missions, le taux de retour des intérimaires et le délai pour pourvoir un poste. Ces données internes complètent les baromètres nationaux et régionaux, et donnent à chaque entreprise sa propre courbe de référence.

Pour les intérimaires, cette continuité change aussi la nature de la mission. Retrouver la même entreprise et les mêmes équipes construit une expérience lisible sur un CV, et certains y découvrent un métier qu’ils n’avaient pas envisagé.

Une fenêtre pour sortir du réflexe de l’urgence

En 2026, la Bretagne réunit une configuration rare : des recrutements stables, des tensions en net recul, des secteurs agricoles et agroalimentaires en croissance et des pics saisonniers en hausse. Les dirigeants retrouvent du temps, celui de distinguer leurs besoins permanents, saisonniers et ponctuels. Le faible recours breton au CDI intérimaire montre la place qui reste à prendre. Le travail temporaire y gagne une nouvelle fonction : un outil de pilotage, préparé à l’avance, au service des équipes comme des candidats.

Sources

« Besoins en main-d’œuvre 2026 en Bretagne », France Travail Bretagne, communiqué du 21 avril 2026 : https://www.francetravail.org/files/live/sites/peorg-bre/files/documents/PDF/CP_BMO_FTBZH_2026.pdf

« Les entreprises en Bretagne : bilan 2025 et perspectives 2026 », Banque de France, février 2026 : https://www.banque-france.fr/system/files/2026-02/erbp_bretagne_bilan-2025-perspectives-2026.pdf

« Baromètre Prism’emploi, mai 2026 », Prism’emploi, juillet 2026 : https://www.prismemploi.eu/sites/default/files/2026-07/Barometre_Prismemploi_mai_2026_NORMANDIE.pdf

« Les projets de recrutement stagnent en Bretagne mais progressent dans l’agriculture et l’agroalimentaire », Le Journal des Entreprises, avril 2026 : https://www.lejournaldesentreprises.com/article/les-projets-de-recrutement-stagnent-en-bretagne-mais-progressent-dans-lagriculture-et-2141597

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