Quand on imagine un entrepreneur, on pense souvent à une idée griffonnée sur un carnet, une société créée de toutes pièces et aux premières factures envoyées depuis une table de cuisine. Dans les prochaines années, une autre façon d’entreprendre pourrait pourtant prendre une ampleur considérable : reprendre l’entreprise de quelqu’un d’autre.
Selon le ministère de l’Économie, environ 500 000 entreprises françaises seraient susceptibles d’être cédées dans les dix prochaines années en raison du départ à la retraite de leurs dirigeants. Près de 3 millions d’emplois sont potentiellement concernés. Le problème est que les repreneurs ne suivent pas encore au même rythme. Beaucoup d’entreprises à céder, encore trop peu de reprises
Une étude de Bpifrance Le Lab publiée fin 2025 estime que 370 000 entreprises employant au moins un salarié pourraient être transmises d’ici 2030. En théorie, cela représenterait environ 74 000 transmissions par an. En 2024, seules 26 000 entreprises employeuses ont effectivement changé de main, selon Bpifrance. Toutes les entreprises qui ne sont pas transmises ne ferment évidemment pas. Certaines resteront dans la famille, d’autres seront reprises par leurs salariés ou ne seront finalement pas mises en vente.
Mais l’écart donne la mesure du défi.
Car lorsqu’une entreprise saine disparaît faute de successeur, ce n’est pas seulement son dirigeant qui part à la retraite. Ce sont parfois des emplois, des clients, des compétences et un savoir-faire local qui disparaissent avec lui. La Direction générale des Entreprises souligne d’ailleurs que la transmission constitue un enjeu particulièrement important pour le commerce, les services aux entreprises, la santé ou encore l’enseignement, des secteurs où de nombreux dirigeants approchent de l’âge de la retraite.
Et si créer son entreprise n’était plus forcément… la créer ?
C’est là que la menace devient aussi une opportunité.
Reprendre une société peut permettre de commencer avec ce dont beaucoup de créateurs rêvent pendant leurs premières années : des clients, du chiffre d’affaires, des salariés, des fournisseurs, une réputation et un modèle économique déjà éprouvé. La DGE relève même que les entreprises transmises présentent généralement des perspectives économiques plus favorables que les entreprises nouvellement créées.
Autrement dit, la prochaine génération d’entrepreneurs dispose devant elle d’un réservoir considérable d’entreprises qui existent déjà.
Reste un obstacle majeur : les faire se rencontrer.
Bpifrance constate que 70 % des dirigeants qui envisagent une transmission à plus d’un an n’ont encore engagé aucune préparation, alors qu’une cession demande généralement au moins douze à dix-huit mois. Du côté des repreneurs, 30 % déclarent avoir rencontré des difficultés pour réunir le financement nécessaire.
Une entreprise reprise, c’est aussi un territoire qui conserve son activité
L’enjeu dépasse donc largement le destin individuel d’un futur patron. Lorsqu’une boulangerie, une PME industrielle ou une entreprise artisanale trouve un repreneur, elle peut conserver ses salariés, ses fournisseurs et ses clients. Dans certains territoires, cela revient aussi à maintenir une activité économique qui aurait été difficile à recréer une fois disparue. C’est pourquoi l’État a lancé en avril 2026 le plan « Objectif Reprises », destiné notamment à mieux identifier les futurs cédants, rapprocher vendeurs et repreneurs et faciliter les financements.
Le vieillissement des dirigeants français constitue donc un risque bien réel. Mais il ouvre également une perspective rarement associée au mot entrepreneuriat. Dans les prochaines années, l’une des meilleures idées de création d’entreprise pourrait être de ne rien créer du tout : reprendre ce qui fonctionne déjà, puis écrire la suite.



